Retrouver une clarté mentale durable grâce à trois routines simples

Le matin où mon cerveau a déclaré grève

Je vais être honnête. Pendant longtemps, j’ai cru que la clarté mentale, c’était un truc réservé aux autres. Les gens organisés, les gens avec des bureaux rangés, des agendas en couleur, des habitudes parfaitement huilées. Moi j’avais plutôt un cerveau façon onglets de navigateur ouverts depuis trois semaines. Avec la petite musique de fond de l’angoisse discrète.

Je me souviens très bien du matin où j’ai compris que ça ne pouvait plus continuer. J’étais devant mon écran, une tasse de café froide à la main, le regard perdu dans un document que je ne comprenais plus. Je connaissais les mots, je savais de quoi ça parlait, mais tout semblait flotter. Comme si mon esprit regardait ma vie à travers une vitre embuée.

J’ai ouvert encore un autre onglet pour « faire une pause ». J’ai regardé des vidéos. Répondu à des messages. Scrollé. Et puis sans trop savoir comment, une heure avait disparu. Une heure entierement dissoute dans un mélange de distraction et de culpabilité. Tu connais sûrement ce moment, cette impression de se trahir soi même en temps réel.

Ce jour là j’ai fermé l’ordinateur. J’ai posé la tasse. Je me suis demandé très calmement : « Est ce que je suis en train de devenir bête ou juste épuisé ». La question n’était pas très douce, mais elle était honnête. Et derrière, il y avait une autre question, plus intime encore : « Est ce que je peux vraiment continuer comme ça sans exploser quelque part sur la route ».

Je n’ai pas eu la réponse tout de suite. À vrai dire, je n’ai presque jamais les réponses tout de suite. Il m’a fallu plusieurs semaines de flottement, de micro essais ratés, de notes éparpillées dans différents carnets, pour comprendre que mon problème n’était pas un manque de volonté mais un manque de structure simple pour protéger ma tête.

Et c’est comme ça que je suis tombé, un peu par hasard et beaucoup par nécessité, sur trois routines ridiculement simples. Tellement simples que j’aurais presque honte de les écrire ici si je ne savais pas à quel point elles ont changé ma façon d’habiter ma propre tête.

Trois petits rituels pour réparer le bazar dans ma tête

Je ne vais pas te vendre une méthode miracle. Je ne me l’achèterais même pas à moi même. Ce que j’ai mis en place, je l’ai bricolé à force de me regarder faire n’importe quoi. De constater à quel moment je partais en vrille, quand je saturais, quand je ruminais.

La première chose que j’ai remarqué, c’est que mes journées commençaient déjà encombrées. Je me réveillais avec la sensation d’être en retard sur ma propre vie. Des pensées partout altération de projets, de problèmes, de messages non lus. Comme si mon cerveau recevait des notifications internes dès l’ouverture des yeux.

Routine 1. Le « vide cerveau » du matin.

Je me suis imposé un truc qui m’a paru complètement futile la première semaine. Avant de toucher au téléphone, avant de regarder l’heure, je prends un carnet et j’écris tout ce qui traîne dans ma tête. Pas joliment. Pas avec des phrases bien construites. Juste tout.

Ce que je dois faire, ce qui m’inquiète, ce qui m’agace, ce dont j’ai honte, ce que j’ai peur d’oublier. Parfois c’est une liste de mots sans lien entre eux. Parfois c’est deux pages de plaintes très peu héroïques.

Au début, j’étais un peu vexé par ce que je voyais sortir de moi. Beaucoup de petites peurs, de comparaisons idiotes, de scénarios catastrophes qui n’avaient jamais eu lieu. Mais au lieu de lutter contre, j’ai commencé à les regarder comme on regarde une pièce encombrée. Non pas comme une preuve que l’on est irrécupérable, mais comme une explication logique : si l’espace est saturé, forcément, on respire mal.

Écrire tout ça, ce n’est pas magique. Rien ne se règle instantanément. Mais ça libère de la place. C’est comme si je disais à mon cerveau : « Merci, j’ai noté, tu peux arrêter de tourner autour de ça en boucle ». Et dans le silence qui suit, une forme de clarté revient. Pas immense, pas spectaculaire. Juste suffisante pour commencer la journée sans courir après une impression de contrôle qui m’échappait de toute façon.

Routine 2. Le rendez vous sans écran.

La deuxième routine, je l’ai mise en place après un constat assez humiliant. Je passais littéralement des journées entières sans laisser mon regard se poser ailleurs que sur un écran. Mon cerveau était en permanence accroché à quelque chose d’extérieur. Aucun espace pour que des idées puissent vraiment se déposer.

Alors j’ai pris un engagement un peu bizarre avec moi même. Tous les jours, j’ai un rendez vous fixe sans aucun écran, ni téléphone, ni musique, ni podcast, ni rien. Dix à vingt minutes. Pas plus. Mais tous les jours.

Parfois je marche. Parfois je m’assois sur une chaise en regardant un mur. Parfois je fais la vaisselle, en essayant de juste faire ça. Il y a des jours où c’est très inconfortable. Mon cerveau réclame sa dose de stimulation, comme un gamin qui tape du pied. « On mettrait pas un peu de musique là non ». Et moi je réponds : « Non, aujourd’hui on reste là, juste là ».

Ce qui est fascinant, c’est que dans ces moments volontairement vides, les pensées se réorganisent toutes seules. C’est un peu comme quand on arrête de remuer une eau trouble. Petit à petit, le fond se dépose. Les priorités se clarifient. Les idées inutiles coulent. Ce qui compte remonte à la surface.

Je ne compte plus le nombre de micro déclics que j’ai eus pendant ces rendez vous silencieux. Des solutions simples à des problèmes que je compliquais depuis des semaines. Des prises de conscience sur des engagements que je prenais par habitude alors qu’ils ne m’allaient plus. Ce n’était pas du génie soudain. Juste le résultat du fait de laisser mon cerveau respirer sans lui coller quelque chose sous le nez en permanence.

Routine 3. Le débrief honnête du soir.

Pendant longtemps, mes journées se terminaient comme elles avaient commencé : dans le flou. J’éteignais l’ordinateur avec un mélange confus de « je n’ai pas fait assez » et « je suis épuisé ». Ce n’est pas très bon comme berceuse.

Alors j’ai commencé un rituel du soir, que j’ai baptisé, dans un élan de sérieux très relatif : le débrief honnête. Rien de sophistiqué. Je prends encore mon carnet, et je réponds à trois petites questions.

Qu’est ce qui a vraiment compté aujourd’hui.

Où est ce que je me suis perdu.

Qu’est ce que je peux faire un tout petit peu différemment demain.

Il y a des soirs où les réponses sont brutales. Où je vois noir sur blanc que j’ai passé deux heures à éviter une tâche importante en faisant des choses qui ressemblent à du travail, mais qui n’en sont pas vraiment. Des soirs où je me rends compte que j’ai laissé quelqu’un entrer dans ma tête avec une phrase malveillante, et que j’ai trimballé cette phrase toute la journée comme un poids.

Mais il y a aussi des soirs doux. Ceux où je me rends compte que j’ai avancé, même un peu. Que j’ai respecté une limite. Que j’ai pris le temps d’appeler quelqu’un. Que j’ai dit non à quelque chose qui aurait tout bousculé.

Le plus précieux, dans ce rituel, ce n’est pas le bilan lui même. C’est la sensation de ne plus laisser mes journées glisser les unes sur les autres comme un long ruban indistinct. Je referme le soir en sachant un peu mieux où j’en suis, au lieu de fuir dans une série ou dans le défilement infini d’un fil d’actualité.

Ces trois routines ne m’ont pas transformé en moine zen. Je continue à me disperser, à me perdre, à me parler mal certains jours. Mais elles ont installé une sorte de squelette invisible dans ma vie. Trois petits moments où je reprends la main, où je me regarde vivre sans me juger complètement, mais sans me mentir non plus.

Et à force, quelque chose a changé. La clarté mentale n’est plus un état exceptionnel que j’attends comme on attend un bon jour qui tomberait du ciel. C’est devenu un paysage un peu plus fréquent. Parfois nuageux, parfois brouillé, mais toujours accessible si je prends le temps de refaire ces gestes simples.

Je ne sais pas où tu en es toi avec ça. Peut être que ta tête est déjà très claire, et que tu lis tout ça en te disant que j’exagère. Peut être au contraire que tu reconnais certains bouts de toi dans ces journées en mosaïque, ces pensées qui s’entassent sans jamais trouver de porte de sortie.

Je n’ai pas de grande leçon à donner, ni de promesse à faire. Mais je me demande juste quelque chose, et je te la passe comme ça. Et si la clarté mentale n’était pas une montagne à gravir, mais trois ou quatre petits gestes à répéter, presque modestement.

Et si tu choisissais un seul moment dans ta journée, rien qu’un, pour te retrouver vraiment avec toi même. Sans écran, sans rôle, sans obligation d’être performant. Juste toi, dans ton propre silence.

Peut être que là, dans cet espace minuscule que tu t’accordes, un peu de lumière reviendra. Pas toute la lumière, pas tout de suite. Juste assez pour voir le prochain pas. Et parfois, c’est tout ce dont on a besoin pour continuer.

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