Reprendre le contrôle de vos journées sans vous épuiser mentalement

Le matin où j’ai compris que ma journée ne m’appartenait plus

Je me souviens d’un matin très précis.
Je regardais mon téléphone avant même d’avoir posé un pied par terre.
Notifications, mails, messages, rappels.
Je n’avais encore rien fait de ma journée que j’avais déjà l’impression d’être en retard sur tout.

Je ne sais pas si ça t’arrive aussi, mais ce jour là j’ai eu une pensée un peu brutale
et si je passais mes journées à répondre aux attentes des autres, en oubliant complètement les miennes
Je voyais défiler une sorte de film en accéléré de mes habituelles journées
répondre
cocher
enchaîner
et le soir, cette fatigue bizarre, pas celle du corps, mais celle qui te vide de l’intérieur.

Ce matin là, j’ai réalisé un truc tout simple
je ne décidais plus vraiment de rien.
Les mails décidaient pour moi.
Les messages décidaient pour moi.
Le calendrier décidait pour moi.
Je me contentais de suivre. Comme si ma vie était une file d’attente à la poste, mais sans guichet à la fin.

Je n’étais pas en burn out.
Je ne travaillais pas quinze heures par jour.
J’avais même des moments de pause, des séries, du scroll sans fin, des cafés en terrasse.
Mais malgré tout ça, mon cerveau était épuisé. Comme si je passais mes journées à conduire sur l’autoroute en seconde, moteur à fond, pour avancer à soixante à l’heure.

Ce jour là, je me suis posé une question qui a l’air banale, mais qui m’a un peu retourné
à quel moment exact je perds le contrôle de ma journée
Au réveil
Au premier message
Au premier oui dit trop vite
Et est ce que je peux changer ça sans devenir un moine tibétain coupé du monde

Ce que j’ai dû casser pour arrêter de subir mes journées

Je vais être honnête
je n’ai pas trouvé une solution magique en une semaine.
Je ne me suis pas levé un matin en mode
c’est bon, je maîtrise ma vie, merci, au revoir.
En fait, j’ai surtout découvert à quel point j’étais doué pour me mentir à moi même.

Par exemple, pendant longtemps, je me suis raconté que j’étais débordé.
Je le disais à tout le monde
je cours partout
j’ai trop de choses à faire
je n’ai pas une minute pour moi.
En réalité, si je regardais ma journée en face, il y avait surtout beaucoup de temps dispersé.
Des moments où je faisais trois choses à moitié, plutôt qu’une chose vraiment.

Le premier truc que j’ai fait, ça a été presque enfantin
j’ai pris une feuille, j’ai écrit une journée type comme je la vivais vraiment.
Pas comme je la racontais.
Pas comme je fantasmais qu’elle se passait.
Juste
ce que je fais entre le moment où j’ouvre les yeux et le moment où je les ferme.

Ça donnait un truc du genre
je me réveille
je prends le téléphone
je lis les notifications
je reste au lit
je regarde un peu les réseaux
je commence à répondre à deux trois trucs
je me lève
je déjeune en regardant une vidéo
je pense à ce que je dois faire
je n’écris rien
j’ouvre l’ordinateur
je commence une tâche
je suis interrompu par un mail
je réponds
je reviens à la tâche
je regarde une notification
je dérive
je culpabilise
etc.

En lisant ça, j’ai eu un petit malaise.
Je n’étais pas débordé.
J’étais dispersé.
Et surtout
ce n’était jamais moi qui décidais de ce que j’allais faire ensuite.
C’était toujours une notification, une impulsion, une peur de rater quelque chose.

Alors j’ai essayé autre chose.
Au lieu de faire une to do list interminable, j’ai commencé par me poser une question chaque matin
si je ne faisais que deux choses aujourd’hui, lesquelles me feraient dire ce soir
ok, cette journée avait du sens

Deux choses, pas quinze.
Pas la liste de tout ce que je culpabilise de ne pas avoir encore fait depuis six mois.
Juste deux priorités réelles.
Au début, ça me donnait presque l’impression d’être paresseux.
Comme si je n’étais pas un adulte sérieux si je n’avais pas une liste qui dépasse la longueur de mon écran.

Ce qui a changé, c’est que ces deux choses là, je les décidais avant d’ouvrir la porte au reste du monde.
Avant de répondre.
Avant de me laisser happer.
C’était une forme de pacte silencieux avec moi même
aujourd’hui, quoi qu’il se passe, ces deux choses là passent avant le reste.

Évidemment, ça n’a pas été parfait.
Je me suis encore fait voler des matinées par des urgences qui n’étaient urgentes que dans la tête des autres.
Je me suis encore perdu dans des boucles d’onglets ouverts, de recherches inutiles, de j’y vais je reviens.
Mais petit à petit, j’ai senti une différence étrange
je me fatiguais moins mentalement en faisant plus consciemment moins de choses.

L’autre point que j’ai dû accepter
c’est que je ne suis pas une machine qui peut être à fond toute la journée.
Dans ma tête, j’avais cette image d’un soi idéal
le moi ultra productif qui se lève à six heures, enchaîne méditation, sport, deep work, légumes verts et lecture le soir.
Ce moi là n’existe pas.
Il m’a juste servi de bâton pour me taper dessus à chaque fois que je ne faisais pas assez.

Alors j’ai commencé à découper ma journée non pas en
travail repos
mais plutôt en
moment de vraie présence
moment de flottement assumé.

Par exemple, j’ai accepté l’idée que je ne pouvais pas enchaîner quatre heures de concentration pure.
Je me connais
au bout de quarante cinq minutes, mon esprit part en vadrouille.
Au lieu de lutter comme un soldat héroïque contre ma propre biologie, j’ai fait un deal
quarante minutes à fond
dix minutes à regarder par la fenêtre, marcher, respirer, boire un café sans écran.

Ce qui est drôle, c’est que je culpabilisais moins en faisant une vraie pause qu’en scrollant à moitié tout en prétendant travailler.
La vraie pause reposait le mental.
Le faux travail le vidait.

J’ai aussi revu ma relation au téléphone.
Non, je ne l’ai pas jeté dans un lac.
Je ne suis pas devenu cette personne qui se vante de ne jamais répondre à rien.
Simplement, j’ai déplacé un truc
je ne commence plus ma journée dedans.
Le matin, je le laisse dans une autre pièce, je démarre avec moi, pas avec le flux.
Ça a l’air ridicule quand je l’écris, mais ce simple déplacement a changé la couleur de mes premières heures.

Ce que j’ai compris là dedans, c’est que reprendre le contrôle de mes journées, ce n’était pas remplir chaque minute.
C’était choisir à quoi je donnais mon attention.
Et surtout
accepter que je n’ai pas besoin d’être performant en continu pour avoir le droit d’être en paix avec ma journée.

Un autre truc un peu douloureux à regarder
certains soirs, je me sentais épuisé mentalement, alors que si je détaillais ce que j’avais vraiment fait, c’était surtout
réfléchir sans décider
hésiter sans trancher
remettre à plus tard en y pensant quand même toute la journée.
En gros, j’usais ma tête sur des choses que je ne faisais même pas.

Alors j’ai commencé à adopter une petite règle
soit j’avance un minimum concret sur un sujet
soit j’arrête d’y penser pour aujourd’hui.
Mais je ne reste pas coincé au milieu, à tourner autour comme un avion qui ne se pose jamais.
Évidemment, je n’y arrive pas à chaque fois, mais rien que le fait de m’attraper en train de ressasser m’aide à lâcher un peu.

Au fil des mois, je me suis rendu compte que reprendre le contrôle de mes journées, ce n’était pas construire un emploi du temps blindé.
C’était plutôt apprendre à dire non.
Non aux urgences déguisées.
Non aux attentes implicites.
Non à cette petite voix intérieure qui dit
tu devrais faire plus
tu devrais être plus.
Parfois, reprendre le contrôle, c’est juste décider qu’à dix neuf heures, c’est fini, même si tout n’est pas fait.

Je ne vais pas te dire que maintenant, toutes mes journées sont parfaitement équilibrées, lumineuses, zen.
Il y a encore des jours où je me laisse happer, où je termine la tête en vrac sans vraiment savoir où est passé le temps.
Mais j’ai au moins cette boussole
si je me sens épuisé mentalement, je sais que ce n’est pas forcément parce que j’ai trop fait.
Parfois, c’est juste parce que j’ai mal choisi où mettre mon attention.

Et toi, à quel moment tu as l’impression de perdre ta journée
Au premier mail
À la pause de midi qui s’étire
À la fin d’après midi où tout se tasse dans un mélange flou
Je me demande
si tu écrivais ta journée réelle sur une feuille, comme je l’ai fait ce fameux matin
est ce que tu reconnaîtrais la vie que tu veux vraiment mener
ou est ce que tu découvrirais, comme moi, que tu as laissé ton énergie mentale se dissoudre dans mille petites choses sans importance

Je n’ai pas de méthode à vendre, juste cette intuition
nos journées n’ont pas besoin d’être remplies pour être pleines.
Il suffit parfois de deux ou trois choix assumés, quelques non placés au bon endroit, et le courage de se donner des vraies pauses.
Le reste
c’est peut être juste du bruit qu’on confond avec de la vie.

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