Le matin où j’ai compris que ma journée m’échappait
Je me souviens très bien d’un matin précis.
Pas parce qu’il s’est passé quelque chose d’exceptionnel.
Justement, l’inverse. C’était un de ces matins gris, sans événement particulier, où tu te réveilles déjà fatigué alors que la journée n’a même pas commencé.
Je me suis levé, j’ai attrapé mon téléphone, et j’ai glissé dans ce tunnel que tu connais sans doute aussi.
Les notifications, les messages, les mails, les réseaux, les « je réponds vite fait » qui deviennent une demi heure volée.
Et au moment où j’ai relevé la tête, il était presque midi.
J’avais l’impression d’avoir traversé la matinée en pilote automatique.
Aucune intention. Juste des réactions en chaîne.
Ce jour là, un truc m’a frappé.
Je n’avais rien vraiment choisi.
Pas l’ordre de mes tâches.
Pas ce qui comptait vraiment pour moi.
J’avais laissé ma journée se dérouler toute seule, comme une sorte de flux incontrôlable.
Et ce n’était pas juste ce matin là.
C’était la plupart de mes journées.
Je me racontais pourtant une belle histoire.
Je me disais que j’étais libre, que je détestais la discipline, que je ne voulais pas vivre comme un robot.
Je me cachais derrière cette phrase confortable
« Je fonctionne à l’instinct. »
En réalité je fonctionnais surtout à la distraction, à l’urgence des autres, aux impulsions du moment.
Ce matin là, assis devant mon café tiède, je me suis entendu penser
« En fait tu as laissé les autres décider pour toi. »
Les messages, les demandes, les habitudes, tout ce bazar prenait toute la place.
Et moi, je courais derrière, en croyant être aux commandes.
C’est là qu’a commencé cette drôle de question
Et si la discipline n’était pas ce truc rigide et militaire que j’avais en horreur
Et si c’était autre chose
Un genre de structure douce, comme une main posée sur l’épaule plutôt qu’un ordre aboyé
Comment j’ai apprivoisé la discipline sans me détester
Quand tu tapes le mot discipline sur internet, tu tombes très vite sur des images qui donnent envie de fuir.
Des routines ultra précises, des réveils à cinq heures du matin, des listes interminables, des règles à ne jamais briser.
Rien que de lire ça, j’avais déjà envie de rester au lit.
Pendant longtemps j’ai cru que c’était ça ou rien.
Soit tu devenais cette personne ultra cadrée, presque robotique, soit tu te laissais porter et tu acceptais tes journées désordonnées.
Je me mettais dans la deuxième catégorie, avec un mélange de fierté et de culpabilité.
Un jour, j’ai essayé de faire comme les gens sérieux.
J’ai fait un planning.
Un vrai, avec des horaires, des blocs de temps, des objectifs écrits noir sur blanc.
Huit heures, réveil.
Huit heures trente, sport.
Neuf heures, travail important.
Et ainsi de suite.
Je crois que j’ai tenu deux jours.
Le troisième, j’ai snoozé trois fois mon réveil, j’ai sauté le sport, j’ai décalé le travail important à « plus tard », puis je me suis senti nul.
Et évidemment j’ai abandonné en me disant
« Tu vois, tu n’es pas fait pour ça. »
En réalité je m’étais surtout trompé de combat.
Je tentais d’imposer sur ma vie un moule qui ne me ressemblait pas.
Une discipline brutale, qui fonctionne peut être pour certains, mais qui chez moi déclenchait une résistance immédiate.
Comme si une partie de moi se rebellait
« Personne ne va décider pour moi, même pas moi d’hier qui a écrit ce fichu planning. »
La petite bascule, elle est venue plus tard, un soir assez banal.
J’étais assis face à mon carnet, et au lieu d’écrire ce que je devais faire le lendemain, j’ai noté une question
« De quoi j’ai vraiment besoin demain »
Pas ce que je devrais.
Ce que je sentais.
La réponse n’avait rien d’extraordinaire
Un moment au calme pour avancer sur ce projet en retard
Me coucher un peu plus tôt
Prendre l’air au moins quinze minutes
Répondre au message de cette amie à qui je repousse toujours la réponse
Je me suis rendu compte que ce n’était pas la discipline en soi qui me faisait peur.
C’était l’idée de me forcer à faire des choses qui ne respectaient pas mon rythme, mon énergie, ce que je traversais réellement.
Alors j’ai commencé à tester un autre type de discipline.
Une discipline douce.
Concrètement, ça a ressemblé à ça
Je me suis limité à trois choses essentielles pour la journée.
Juste trois.
Pas une liste interminable.
Trois engagements avec moi même.
Et autour, je laissais de l’espace pour tout le reste, le chaos, les imprévus, les petites dérives.
Cette façon de faire a changé quelque chose de subtil.
Je ne me parlais plus comme un chef militaire, mais comme un ami un peu ferme
« Écoute, on sait que tu vas te perdre un peu dans ton téléphone.
On sait que tu vas avoir des envies soudaines de ranger ton bureau pour éviter ce mail important.
C’est ok.
Mais faisons au moins ces trois choses. »
Certains jours, je n’y arrivais pas.
Je terminais la journée avec une seule case cochée sur trois.
Avant, j’aurais tout jeté à la poubelle en mode
« Tu n’es bon à rien, abandonne. »
Avec cette approche plus douce, je me suis posé une autre question
« Qu’est ce qui a coincé aujourd’hui »
Parfois c’était simple.
Je m’étais sous estimé niveau fatigue.
J’avais mis une tâche trop vague.
Je n’avais pas prévu qu’un imprévu allait prendre la moitié de ma journée.
Au fil des semaines, j’ai remarqué que je n’avais plus cette sensation d’être ballotté de tous côtés.
Je ne contrôlais toujours pas tout, loin de là.
Mais j’avais posé quelques repères.
Des petits phares dans ma journée, discrets mais présents.
La discipline douce, pour moi, ça a commencé par
Accepter que je ne serai jamais cette personne parfaite qui se lève à la minute près
Arrêter de me raconter que je suis incapable d’être régulier
Comprendre que deux minutes de retour à moi valent mieux qu’une journée entière à culpabiliser
Par exemple, j’ai instauré un mini rituel du matin.
Rien de spectaculaire.
Je pose mon téléphone loin pendant les quinze premières minutes.
Je bois un verre d’eau.
Je prends trois respirations un peu plus longues que d’habitude.
Et j’écris une phrase ou deux sur ce que j’ai envie de vivre aujourd’hui.
Pas ce que je dois accomplir.
Ce que j’ai envie de ressentir.
Il y a des jours où je le fais mal.
Je prends mon téléphone avant de respirer.
Je saute l’écriture.
Je râle.
Mais étonnamment, même mal fait, ce mini cadre me rappelle quelque chose
Ma journée ne m’appartient pas totalement, mais j’ai quand même une part de choix.
J’ai aussi découvert un truc assez étrange
Plus je suis doux avec la façon dont j’installe la discipline, plus je deviens solide pour la tenir.
Quand je me laisse le droit de rater une fois sans me punir, j’ai plus envie d’y revenir le lendemain.
Comme si mon cerveau comprenait
« Ici on ne va pas m’insulter si je ne suis pas parfait. On va juste ajuster. »
Au fond, reprendre le contrôle de mes journées n’a pas ressemblé à une conquête héroïque.
Plutôt à une sorte de conversation continue avec moi même.
Une conversation parfois drôle, parfois agaçante, où je me rappelle ce que je veux vraiment vivre, au lieu de laisser le monde décider pour moi.
Je préfère mille fois cette version là de la discipline.
Celle qui tient plus de la tendresse exigeante que du coup de fouet.
Celle qui n’écrase pas mes envies, mais qui les remet dans un cadre où elles peuvent grandir au lieu de s’évaporer.
Je ne sais pas comment tu vis tes journées en ce moment.
Peut être que tu as déjà trouvé ton rythme, ta façon à toi d’être présent dans ce que tu fais.
Ou peut être que, comme moi ce fameux matin, tu as parfois l’impression d’arriver à la fin de la journée sans vraiment savoir où elle est passée.
Je n’ai pas de recette miracle à te proposer.
Juste cette question que je me pose encore souvent
Si tu devais choisir une seule chose douce à mettre en place demain pour te sentir un peu plus aux commandes, ce serait quoi
Pas dix choses.
Une seule.
Un tout petit pas, presque invisible pour les autres, mais sensible pour toi.
Je crois que nos vies ne se transforment pas dans les grands élans spectaculaires, mais dans ces micro ajustements qu’on répète sans trop faire de bruit.
Une respiration de plus.
Une notification de moins.
Une intention posée quelque part entre le café et la première tâche du jour.
Alors je te laisse avec ça
Et si tu essayais, juste demain, de te parler comme tu parlerais à quelqu’un que tu aimes bien
Avec une forme de discipline, oui, mais une discipline qui écoute avant de commander
Je me demande ce que ça changerait dans ta journée
Et au fond, dans la façon dont tu te regardes toi.
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