Le matin où j’ai compris que ma journée ne m’appartenait plus
Je me souviens très bien du matin où j’ai réalisé que mes journées ne m’appartenaient plus.
Je regardais mon téléphone posé sur la table, écran allumé, notifications partout.
Je n’avais encore rien fait de ma journée que j’étais déjà en retard sur tout.
Ce matin là j’ai eu cette pensée un peu brutale
« Comment ça se fait que je sois fatigué dès 9h alors que je n’ai encore rien décidé moi même depuis mon réveil »
Tout ce que j’avais fait jusque là c’était répondre. Répondre aux mails. Répondre aux messages. Répondre aux urgences des autres.
Je n’avais même pas pris le temps de terminer mon café tant il était devenu tiède entre deux réponses.
Je me suis vu comme un onglet de navigateur qu’on ouvre et qu’on ferme selon les besoins.
Disponible. Connecté. Flexible. Et complètement lessivé.
Alors que je me faisais cette réflexion je me suis souvenu d’une phrase que j’avais notée dans un carnet
« Si tu ne décides pas de ta journée quelqu’un le fera pour toi. »
Ce jour là la phrase n’était plus une jolie citation. C’était juste un constat un peu triste sur ma façon de vivre.
Je ne voulais pas devenir ce genre de personne qui survit à ses journées en attendant le week end comme on attend une permission.
Mais je n’avais pas envie non plus de basculer dans le truc productivité extrême avec tableau de bord et minuteur angoissant.
Alors j’ai commencé à chercher autre chose.
Non pas une méthode miracle Mais des petits appuis. Trois rituels tout simples qui pourraient remettre un peu d’ordre dans ce bazar intérieur sans m’achever au passage.
Comment trois gestes minuscules ont commencé à changer mes journées
Je n’ai pas trouvé ces rituels en une nuit bien sur.
Ils sont arrivés un peu comme on découvre des raccourcis dans une ville qu’on croyait connaître par coeur.
D’abord un petit détour pratique. Puis un autre. Et un jour on réalise qu’on se déplace différemment.
Le premier rituel est né d’une fatigue très concrète.
Un matin j’ai ouvert mon téléphone avant même d’ouvrir les volets.
Je me suis retrouvé à scroller une conversation de travail à moitié réveillé.
Au bout de quelques minutes je me suis rendu compte que j’avais le souffle court comme si j’avais déjà couru quelque part alors que j’étais encore en pyjama.
Je me suis levé j’ai posé le téléphone dans une autre pièce.
Et je me suis fait une promesse un peu bancale mais sincère
Les trente premières minutes de ma journée ne seront plus en négociation.
Depuis ce jour là j’ai instauré ce que j’appelle mon quart d’heure de reprise de corps.
C’est prétentieux comme expression mais je n’ai rien trouvé de mieux.
Pendant ce temps là je ne parle pas. Je ne lis rien. Je n’écoute rien.
Je fais seulement trois choses
Je bois un verre d’eau
Je regarde par la fenêtre
Je respire profondément quelques fois en essayant juste de sentir que mon corps est bien là.
Parfois j’ajoute un café parfois non.
Parfois je m’assois par terre parce que je suis encore à moitié endormi.
Ce n’est pas une routine parfaite. Mais c’est un petit territoire qui m’appartient.
Et le simple fait de commencer la journée par quelque chose que j’ai choisi pose une sorte de ton intérieur différent.
Je ne suis plus immédiatement en réaction. J’existe avant de répondre.
Le deuxième rituel m’a été imposé par l’épuisement.
Un après midi j’ai regardé l’heure et j’ai eu cette sensation étrange de ne plus savoir ce que j’avais vraiment fait de mon temps.
J’avais travaillé oui. Répondu à cent messages sûrement. Coché quelques tâches.
Mais si tu m’avais demandé « Qu’est ce qui a compté aujourd’hui pour toi » j’aurais été incapable de répondre.
C’est là que j’ai commencé à tester ce que j’appelle mon rendez vous du milieu.
Vers le milieu de la journée ce n’est jamais une heure fixe je m’arrête cinq minutes.
Sans téléphone. Sans écran.
Je prends une feuille ou mon carnet et je note deux choses seulement
Ce que j’ai vraiment déjà accompli
Ce que je veux vraiment protéger pour le reste de la journée.
La nuance est importante.
Ce n’est pas une liste de tâches. Ce n’est pas une to do liste déguisée.
C’est plus une sorte de petit inventaire honnête.
Par exemple ça peut donner quelque chose comme
« J’ai terminé ce texte compliqué et pris le temps d’appeler ma mère. »
Et pour le reste de la journée
« Je veux garder de l’énergie pour cette discussion prévue ce soir. Et au moins vingt minutes pour lire sans écran. »
Pendant longtemps j’ai refusé ce genre d’exercice parce que j’avais peur que ça me transforme en robot optimisé.
En réalité c’est l’inverse qui s’est passé.
Ce rendez vous du milieu m’a obligé à regarder mes journées avec un peu plus de douceur.
Souvent je découvrais que j’en faisais déjà beaucoup plus que ce que je me reprochais de ne pas faire.
Et parfois je réalisais que j’étais en train de sacrifier ce qui comptait vraiment pour des broutilles urgentes mais pas importantes du tout.
Le troisième rituel est venu plus tard presque par accident.
Le soir j’avais pris l’habitude de m’écrouler devant une vidéo en me disant que ça me détendrait.
En vrai ça m’abrutissait plus que ça ne me reposait.
Je passais du temps à consommer des images au lieu de laisser la journée retomber.
Un soir je n’avais plus de batterie sur mon ordinateur.
J’ai pris un stylo qui traînait et j’ai commencé à écrire sans réfléchir ce que je ressentais de la journée.
Pas un journal structuré. Plutôt un déversement.
Des phrases parfois incomplètes. Des « j’en ai marre de » mélangés à des « c’était bien quand même de ».
Cette page du soir est devenue mon troisième rituel simple.
Je l’appelle ma dépose de fin de journée.
Je n’y écris pas toujours beaucoup mais j’y reviens presque chaque soir.
Je note une chose qui m’a pesé. Une chose qui m’a nourri.
Parfois juste une phrase. Parfois trois lignes.
C’est surprenant à quel point ce petit geste aide à refermer la journée au lieu de la traîner dans ma tête jusqu’à 2h du matin.
Comme si je disais à mon cerveau
« Merci pour aujourd’hui tu peux te reposer on reprendra demain. »
Au fil des semaines j’ai remarqué quelque chose d’assez discret mais puissant.
Ces trois rituels matin du corps rendez vous du milieu dépose du soir
ont commencé à redonner une structure à mes journées.
Pas une prison. Plutôt une ossature souple.
Je continuais à avoir des imprévus évidemment. Des urgences. Des ratés.
Il y a des jours où je n’applique qu’un seul rituel sur les trois.
Mais même ces jours là je sens une différence.
Comme si j’avais au moins un petit rocher sur lequel poser le pied au milieu des vagues.
Je ne suis pas devenu un modèle d’organisation.
Je suis encore cette personne qui parfois remet ses projets importants à demain parce que la peur se cache derrière des choses urgentes.
Mais je ne suis plus entièrement passager clandestin de ma propre journée.
J’ai récupéré quelques centimètres de liberté dans des endroits que je croyais condamnés.
Et surtout j’ai appris que reprendre le contrôle ne veut pas dire tout maîtriser.
Cela peut vouloir dire simplement
choisir trois moments dans la journée où l’on se rappelle qui décide.
Le matin quand je me reconnecte à mon corps avant de me connecter au reste du monde.
Au milieu de la journée quand je fais le tri entre ce que j’ai déjà donné et ce que je veux encore offrir.
Le soir quand je dépose ce que je ne veux pas emmener avec moi dans mon sommeil.
Je me demande souvent à quoi ressemblent tes journées à toi.
Si tu as l’impression de les habiter vraiment ou si comme moi avant tu as parfois cette sensation étrange de les traverser en apnée.
Peut être que tu as déjà tes propres rituels cachés sans les avoir nommés.
Cette tasse de thé que tu bois toujours au même endroit.
Ce trajet à pied que tu refuses d’écourter.
Cette chanson que tu écoutes systématiquement en rentrant.
Je n’ai pas de morale à poser ici.
Juste une curiosité sincère
Que se passerait il si tu choisissais un petit moment de ta journée pour en faire ton territoire à toi
Un instant où tu n’as rien à prouver rien à produire juste à te rappeler que tu es vivant dans tout ce tumulte.
Je continue d’apprendre. Il y a encore des jours où mes trois rituels se font avaler par le bruit ambiant.
Mais même ces jours là je sais qu’ils existent quelque part.
Comme trois portes que je peux rouvrir dès que j’en ai la force.
Et toi si tu devais inventer un seul rituel minuscule pour reprendre un bout de ta journée
Ce serait quand
Le matin
Au milieu
Ou juste avant de fermer les yeux
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