Le matin où j’ai compris que le problème, ce n’était pas juste le manque de sommeil
Pendant longtemps je me suis réveillé comme on rallume un vieil ordinateur. Lentement. En soufflant. Avec cette impression bizarre que quelqu’un avait vidé ma batterie pendant la nuit. Pourtant, sur le papier, tout était bon. Huit heures de sommeil. Pas de série jusqu’à deux heures du matin. Un oreiller à peu près correct. Et malgré ça, je me levais brumeux, comme si ma tête était restée coincée entre deux rêves.
Un matin, je me suis surpris à rester dix minutes debout devant la porte du frigo, ouverte, sans savoir ce que je cherchais. C’est ce jour là que j’ai compris qu’il y avait un truc qui clochait. Pas juste un “je suis un peu fatigué”. Non. Une sorte de brouillard mental permanent, un bruit de fond qui mangeait mes idées, mon envie, ma capacité à décider quoi que ce soit sans lancer une bataille intérieure.
Je me racontais tout un tas d’histoires pour me rassurer. C’est normal, c’est la vie d’adulte. C’est la charge mentale. C’est l’époque. C’est le monde. C’est les écrans. C’est le boulot. C’est tout, sauf moi. Sauf ce que je fais chaque matin quand j’ouvre les yeux.
Puis un jour, un ami m’a demandé en rigolant comment je commençais mes journées. Je lui ai répondu sans réfléchir. Réveil, scroll, mail, café, culpabilité. Il a levé un sourcil. C’est un peu violent comme entrée dans l’existence, non. Sa phrase est restée. Violent. Je n’avais jamais pensé que mon propre matin pouvait être une forme de violence douce contre moi.
Alors j’ai commencé à regarder de près ce moment-là. Les toutes premières minutes. Les gestes automatiques. Ce que je laisse entrer dans ma tête pendant ce court instant où je ne suis pas encore vraiment moi. Et j’ai compris qu’en fait, je balançais mon cerveau dans une sorte de machine à laver émotionnelle dès le réveil. Pas étonnant que je sorte chiffonné.
Les rituels matinaux, je les ai longtemps pris pour un truc de gens très organisés qui boivent des smoothies verts en faisant du yoga sur un balcon en bois. Ce n’était pas moi. Je suis plutôt du club des “où est mon chargeur” et “mince j’ai encore oublié de répondre à ce message”. Mais à force de heurter le même mur de fatigue, j’ai fini par accepter l’idée que je devais au moins essayer autre chose.
Ce que je vais partager là, ce ne sont pas des conseils magiques. Ce sont juste sept petites choses que j’ai testées, abandonnées, reprises, modifiées. Des rituels qui ont peu à peu remis de la clarté dans ma tête et une énergie moins artificielle dans mes journées. Une énergie qui ne dépend pas seulement du café ou de la dernière notification.
Comment j’ai apprivoisé mes matinées au lieu de les subir
La première chose que j’ai changée, c’est la façon dont je rencontre le matin. Avant, mon réveil, c’était une alarme agressive, posée loin du lit pour “m’obliger à me lever”. Résultat je commençais la journée sur un micro stress. Course jusqu’au téléphone, lutte contre l’envie de me recoucher, frustration. Maintenant, j’utilise un réveil plus doux et je me laisse quelques secondes allongé en silence. Ça a l’air anodin, mais cette transition là a fait une vraie différence.
Mon premier rituel, c’est justement ça. Ne rien attraper pendant deux minutes. Ni téléphone, ni pensées catastrophes, ni agenda mental. Juste rester là à respirer et observer l’état dans lequel je me trouve. Fatigué, léger, agacé, calme, peu importe. C’est comme dire bonjour à la personne que je suis ce matin là. Et j’ai remarqué que dès que je saute cette étape, je redeviens une boule de nerfs beaucoup plus vite.
Le deuxième rituel, ça a été de repousser le téléphone. Pas de manière héroïque, je ne suis pas devenu moine. Mais j’ai arrêté d’ouvrir les réseaux avant d’avoir au moins fait trois choses basiques pour moi. Boire un verre d’eau, bouger un peu mon corps, et prendre au moins une respiration un peu plus profonde que les autres. Ce n’est pas grandiose, mais symboliquement, ça change tout. Je dis d’abord oui à mon corps avant de dire oui au flux du monde.
Au début, je pensais que j’allais perdre quelque chose en ne me connectant pas tout de suite. Je me disais que j’allais rater une info importante, un message urgent, un drame planétaire. En vrai, ce que je ratais surtout avant, c’était ma propre matinée. Le silence. Le point de départ. Cette petite clarté qui arrive quand il n’y a encore rien pour la parasiter.
Troisième rituel, celui qui m’a le plus surpris. J’ai commencé à écrire trois phrases chaque matin. Pas un journal très structuré. Pas un roman. Juste trois phrases. Comment je me sens. Ce qui me fait peur. Ce que j’aimerais qu’il se passe dans la journée. C’est parfois brouillon, parfois ridicule, parfois touchant. Mais ça pose une sorte de carte sur la table. Au lieu de me trimballer un nuage flou de pensées, je le vois. Et étrangement, ça calme.
Un jour, j’ai relu ces phrases sur une semaine. Je me suis rendu compte que je répétais les mêmes inquiétudes. Les mêmes “je suis fatigué d’avance” ou “je ne sais pas par quoi commencer”. Ce n’était pas la vie qui tournait en boucle, c’était moi. Et cette prise de conscience là a été un déclic. Pour retrouver de la clarté mentale, il faut parfois voir à quel point on gravite toujours autour du même noyau.
Quatrième rituel, j’ai apprivoisé le mouvement. Je ne suis pas sportif, je ne l’ai jamais été. Les injonctions à “faire du sport le matin” m’ont toujours donné envie de me recoucher. Alors j’ai commencé tout petit. Dix étirements, même moches, même mal faits. Une rotation des épaules, un peu de marche dans l’appartement, quelques flexions. Rien de glorieux. Mais je l’ai senti très vite. Quand je bouge, mes pensées se dégagent un peu, comme une fenêtre qu’on ouvre.
Pendant une période, j’ai voulu en faire trop. J’ai téléchargé une appli de sport, tenté une routine d’entrainement ultra ambitieuse. Résultat je l’ai tenue trois jours, puis plus rien. Je me suis jugé, évidemment. Jusqu’à comprendre que la vraie question n’était pas combien je fais, mais à quel point c’est soutenable dans ma vraie vie. Aujourd’hui, mon rituel de mouvement du matin est modeste, mais je le garde, et c’est ça qui change tout.
Cinquième rituel, la lumière. Là encore, j’ai longtemps sous estimé ce truc. En ouvrant le rideau dès que je peux, en sortant cinq minutes sur le balcon ou dans la rue, j’ai remarqué que mon cerveau sortait plus vite de sa brume. Quand je ne le fais pas, je reste plus longtemps dans cette sensation cotonneuse, comme si mon corps ne savait pas encore qu’on avait lancé la journée.
Un matin d’hiver, j’ai passé plusieurs heures à bosser dans la pénombre en pensant gagner du temps. Je me sentais lourd, lent, sans énergie. J’ai fini par lever les yeux, ouvrir le rideau, et c’était comme respirer pour la première fois. Je me suis demandé combien de jours j’avais passés comme ça, enfermé dans ma propre boîte, sans même m’en rendre compte. Ce geste simple est devenu un petit rituel sacré pour moi. Ouvrir. Laisser entrer. Laisser la lumière dicter un peu le tempo.
Sixième rituel, j’ai instauré un café sans écran. Au début, je me sentais presque nu. Assis là, avec juste ma tasse et mon regard. Pas de vidéo, pas de fil à dérouler, pas de mail à survoler. Juste ce moment là. Alors, forcément, les pensées que j’essayais d’éviter ont commencé à se pointer. Les “tu devrais faire ça”, “tu n’as pas encore répondu à ça”, “et si tu échoues là dessus”. Ce n’était pas confortable.
Mais en restant avec, quelque chose s’est apaisé. C’est comme si ces pensées voulaient juste être reconnues et non enfouies sous un flux de distractions. Petit à petit, ce café sans écran est devenu une sorte de mini rendez vous avec moi. Parfois j’y glisse une question simple. De quoi j’ai vraiment besoin aujourd’hui. Une seule chose que j’aimerais avoir fait ce soir. La réponse est rarement spectaculaire, mais elle m’aide à trier le nécessaire du bruit.
Septième rituel, j’ai arrêté d’enchaîner ma matinée comme un robot. Avant, tout s’enfilait sans espace. Réveil, toilette, mails, travail. Maintenant, j’essaie de garder une minuscule transition consciente entre ces blocs. Une respiration en changeant de pièce. Un geste un peu plus lent en posant ma tasse. Une seconde pour me dire “là, je passe à autre chose”. Ce n’est pas très instagrammable, mais ça fait une vraie différence dans ma capacité à rester clair sans m’épuiser.
Le plus drôle, c’est que je n’applique pas ces sept rituels parfaitement tous les jours. Il m’arrive encore de me jeter sur mon téléphone, de zapper l’écriture, d’oublier la lumière. Je retombe parfois dans mes travers avec un mélange d’ironie et de résignation. Mais je remarque alors beaucoup plus vite le brouillard qui revient. Et surtout, je sais maintenant comment le dissiper, même un peu.
Au fond, ce que ces rituels ont changé, ce n’est pas juste mon énergie. C’est ma façon de me rencontrer chaque matin. Non pas comme un exécutant qui doit performer tout de suite, mais comme une personne qui a besoin d’un minimum de douceur pour bien commencer. Ça ne m’empêche pas d’avoir des journées pourries. Mais ça m’évite de les saboter dès la première minute.
Je me demande souvent à quoi ressemblent tes matins à toi. Est ce que tu te réveilles déjà en train de courir dans ta tête. Est ce que tu te donnes une seconde pour te demander comment tu vas vraiment, avant de laisser le monde entrer. Est ce que tu te surprends aussi parfois à ouvrir le frigo sans savoir ce que tu cherches.
Je n’ai pas de recette parfaite à te proposer. Juste cette intuition qui s’est renforcée au fil du temps. Nos matinées sont des portes. On les ouvre souvent en force, sans même regarder ce qu’il y a derrière. Mais peut être qu’en ajoutant un tout petit peu de conscience à ces premiers gestes, on peut changer la texture de nos journées, même si le reste reste compliqué, bruyant, incertain.
Si tu devais choisir un seul rituel, un seul petit geste doux à ajouter à ton matin, ce serait quoi. Une respiration. Un verre d’eau en silence. Trois phrases griffonnées sur un coin de carnet. Une marche de deux minutes sans but précis. Peut être que ça paraîtra ridicule au début. Peut être que tu oublieras. Peut être que tu recommenceras.
Et un jour, sans t’en rendre compte, tu te surprendras à te sentir un peu plus clair, un peu moins vidé. Comme si, au milieu du chaos, tu avais enfin trouvé une façon simple de te dire bonjour. Et ce jour là, tu verras peut être que ce n’est pas l’univers entier qu’il fallait réorganiser. Juste ton premier quart d’heure.
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