Le matin où mon cerveau a déclaré grève
Je me souviens très bien du matin où j’ai réalisé que mon cerveau n’en pouvait plus.
Je n’avais pas fait de burn out officiel, personne ne m’avait arrêté, je tenais encore debout.
Mais à l’intérieur, c’était le bazar complet.
Je m’étais réveillé avec cette impression bizarre d’avoir déjà vécu la journée.
Comme si tout était en replay. Le téléphone, les mails, les petites urgences déguisées en priorités absolues, les pensées qui défilent sans jamais s’arrêter.
Je me brossais les dents en scrollant sur mon téléphone. Je répondais à des messages en pensant à autre chose. Et quand quelqu’un me parlait vraiment, je n’étais plus là.
Tu vois le genre de journée peut être.
Où tu te poses devant ton ordinateur, tu ouvres un onglet, puis un autre, puis encore un, et à la fin tu as oublié ce que tu voulais faire au départ.
Et pourtant tu te sens fatigué comme si tu avais couru un marathon.
Ce jour là, j’ai fermé l’ordinateur au bout d’une heure.
Non pas par sagesse, mais parce que j’étais littéralement incapable de lire un texte de trois paragraphes sans décrocher.
Je relisais la même phrase trois fois.
Rien n’entrait.
Je me suis affalé dans un fauteuil, le genre de fauteuil qui sait tout de toi, et j’ai pensé
C’est quoi ce bordel. Pourquoi mon esprit est il devenu une sorte de radio mal réglée.
Toujours allumée. Toujours avec un léger grésillement.
Jamais de silence.
Je crois que c’est ce jour là que j’ai commencé à chercher une chose très simple
Comment retrouver une clarté mentale durable sans devoir partir trois semaines dans un monastère perché dans la montagne.
Juste. Ici. Dans la vie normale. Avec les factures. Les messages. Les notifications.
Et surtout avec ma tendance à m’éparpiller.
Ce que ces 10 petites minutes ont fait à mon cerveau
Je vais être honnête.
Quand j’ai lu pour la première fois qu’on pouvait changer son état mental avec 10 minutes par jour, j’ai levé les yeux au ciel.
J’ai pensé
Encore une promesse de super héros de la productivité.
Je ne suis pas devenu minimaliste illuminé du jour au lendemain. Je suis juste tombé assez bas dans la confusion pour essayer.
Les premiers jours, j’ai fait ça à ma manière. C’est à dire n’importe comment.
Je posais mon téléphone à côté de moi, en me disant que j’allais faire une sorte de pause mentale.
Au bout de 30 secondes, ma main se tendait vers l’écran comme ce vieux réflexe qu’on ne contrôle pas.
Je ne tenais pas deux minutes sans vérifier quelque chose.
N’importe quoi.
La météo.
Une notification.
Un mail inutile.
Ce que je voulais éviter surtout, c’était de rester seul avec ce bruit intérieur.
Je crois que le premier véritable déclic, c’est quand j’ai accepté que ces 10 minutes allaient être inconfortables au début.
Pas magiques.
Pas inspirantes.
Juste inconfortables.
Je me suis donné un cadre très simple.
Un minuteur de 10 minutes.
Le téléphone dans une autre pièce, sinon je triche.
Et un seul objectif
Ne rien faire d’utile.
Rien du tout.
Alors j’ai testé plusieurs choses.
Un jour je me suis assis sur une chaise, sans dossier, les pieds au sol.
Je me suis contenté de regarder un point fixe devant moi. Une tache sur le mur.
Les pensées arrivaient comme des pop up.
Tu as oublié ce mail.
Tu devrais répondre à cette personne.
Tu perds ton temps.
Tu devrais profiter pour méditer correctement.
Même dans le vide, j’essayais de faire bien.
Un autre jour, je suis simplement resté allongé sur le sol, les mains sur le ventre, à écouter ma respiration comme si ce n’était pas la mienne.
Je me suis surpris à compter.
Un deux trois quatre à l’inspiration
Un deux trois quatre à l’expiration
Le cerveau adore compter quand il panique.
Au bout d’une semaine, un truc a légèrement changé.
Pas un miracle.
Un interstice.
Une sorte de seconde en plus entre une pensée et ma réaction automatique.
J’ai remarqué ça dans un moment tout bête.
Je m’apprêtais à ouvrir un réseau social par pur réflexe.
Et juste avant de cliquer, il y a eu comme un petit ralentissement.
Une micro voix qui disait
Tu peux aussi ne pas le faire.
Je l’ai ignorée.
Mais elle était là.
Ces 10 minutes par jour ont commencé à déplacer quelque chose d’invisible.
Pas ma vie entière.
Mon rapport au bruit.
Je me suis aperçu que la clarté mentale n’était pas un grand ciel bleu permanent sans nuages.
C’était plutôt la capacité à voir les nuages pour ce qu’ils sont.
Des pensées qui passent.
Pas des ordres.
Pas des vérités.
Juste des morceaux de phrases que mon esprit balance en boucle parce qu’il a pris l’habitude.
Au bout d’un mois, j’ai remarqué un deuxième changement, plus discret mais plus profond.
Je ne commençais plus mes journées de la même façon.
Avant, le matin, je sautais sur mon téléphone.
Infos. Mails. Notifications.
Je me remplissais de monde extérieur avant même d’avoir senti comment j’allais vraiment.
Progressivement, mes 10 minutes se sont déplacées au tout début de la journée.
Avant l’écran.
Avant les autres.
Parfois encore dans la pénombre.
Je m’asseyais au bord du lit, les pieds par terre, les coudes sur les genoux.
Je respirais quelques instants en silence.
Parfois je me demandais
Comment je me sens vraiment ce matin.
Pas comment je devrais me sentir.
Pas ce qui m’attend.
Juste comment je suis là maintenant.
Souvent la réponse venait sans mots.
Un peu lourd.
Un peu nerveux.
Étonnamment calme.
Ce rituel a fini par créer un effet étrange
Une sorte de rendez vous avec moi même.
Parfois je n’en avais pas envie du tout.
Je préférais fuir dans l’agitation.
Mais je ressentais physiquement la différence les jours où j’esquivais ces 10 minutes.
Tout devenait plus flou.
Je réagissais à tout.
Comme si je vivais en surface.
J’ai aussi commis des erreurs classiques.
À un moment, j’ai voulu optimiser ces 10 minutes.
Je me suis fait un petit programme
Cinq minutes de respiration
Trois minutes de visualisation
Deux minutes de gratitude
En théorie, c’était parfait.
En pratique, j’ai tenu trois jours.
J’avais juste transformé un espace de liberté en une to do list déguisée.
Je ne retrouvais plus la sensation de pause.
Alors j’ai tout démonté.
Aujourd’hui, pour être honnête, ces 10 minutes ne ressemblent jamais exactement à la même chose.
Parfois je ferme les yeux et j’écoute les bruits autour de moi.
Les pas dans l’escalier.
Une voiture qui passe.
Un voisin qui tire une chaise.
Ça me rappelle que le monde existe en dehors de mes pensées.
Parfois j’écris juste deux ou trois lignes dans un vieux carnet.
Pas un journal héroïque.
Juste une phrase
Ce matin, je me sens comme si on avait oublié de me prévenir de quelque chose.
Ou
Je suis étonnamment paisible, je me méfie presque.
Et parfois, je ne fais vraiment rien.
Je regarde le vide, la tasse de café, la lumière sur le mur.
Et j’accepte les pensées qui arrivent, comme on laisse passer quelqu’un dans un couloir étroit.
La clarté mentale, pour moi, ce n’est plus être vide.
C’est être moins collé à ce qui traverse l’esprit.
Ne plus confondre chaque pensée avec une urgence à traiter.
Et ces 10 minutes par jour ont été comme un entraînement discret à cette distance.
Sans performance.
Sans grande théorie.
Juste une pratique minuscule, mais répétée.
Est ce que ça règle tout.
Non.
Je continue parfois à me noyer dans mes fils d’actualité, à m’éparpiller, à perdre une heure dans un onglet qui ne sert à rien.
Mais je me perds moins longtemps.
Je reviens plus vite.
Et ce retour là, je le dois à ce petit espace quotidien que j’ai cessé de négocier avec moi même.
Après tout, 10 minutes sur une journée entière, ce n’est rien.
Mais 10 minutes, tous les jours, pendant des mois, c’est une nouvelle façon d’habiter sa tête.
Un peu comme ouvrir une fenêtre dans une pièce qu’on pensait condamnée.
L’air met du temps à circuler.
Et puis un jour, on respire mieux sans trop savoir à quel moment précis ça a basculé.
Je me demande souvent à quoi ressemble ton propre bruit intérieur.
Est ce qu’il est constant, est ce qu’il est fait de listes de choses à faire, de scénarios catastrophes, de discussions que tu rejoues en boucle.
Ou est ce qu’il est plus discret, plus diffus, comme une tension de fond qui t’empêche juste de te sentir vraiment présent.
Si tu devais t’offrir 10 minutes par jour, rien que pour faire un peu d’espace là dedans, à quoi elles ressembleraient.
Pas les 10 minutes parfaites, pas les 10 minutes idéales selon un livre ou un coach.
Les tiennes.
Celles qui te ressemblent.
Peut être que ce serait en marchant autour de ton immeuble.
Ou assis sur le rebord d’une fenêtre.
Ou dans ta voiture, moteur coupé, avant de monter chez toi.
Peut être que tu n’oserais pas encore ne rien faire, alors tu écrirais trois phrases.
Ou tu écouterais ta respiration comme on écoute une vieille chanson qu’on redécouvre.
Je n’ai pas de recette sûre à te donner, juste cette invitation à essayer.
10 minutes, chaque jour, pour voir ce que ça change quand tu t’accordes une pause honnête avec toi même.
Pas pour devenir meilleur.
Pas pour être plus productif.
Simplement pour habiter un peu plus clairement l’endroit où tu passes toute ta vie
ta propre tête.
Et si tu commences, dis toi une chose
Tu n’as pas à bien faire.
Tu as juste à revenir demain.
Le reste, ton esprit s’en chargera lentement, comme il sait si bien le faire quand on lui laisse enfin un peu de place.
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