Retrouver la clarté mentale en 10 minutes par jour, sans pression

Le matin où mon cerveau a déclaré grève

Il y a eu ce matin précis où j’ai compris que quelque chose clochait vraiment dans ma tête. Pas au sens dramatique. Juste… saturé. Tu connais peut être ça. Tu te réveilles, tu attrapes ton téléphone avant même d’avoir vraiment ouvert les yeux, et déjà ton cerveau est en train de scroller ta journée comme un fil d’actualité incontrôlable.

Ce matin là j’avais une liste de trucs à faire longue comme une année bissextile. Des messages non lus. Des tâches en retard. Des projets que je repoussais depuis des semaines. J’avais dormi, mais pas reposé. Tu vois la nuance. Mon corps avait quitté le lit, mais ma tête n’avait jamais quitté la veille.

Je me suis retrouvé à la table du petit déjeuner avec ce sentiment étrange de brouillard. Pas le brouillard poétique de film français. Le vrai. Celui qui t’empêche de retrouver tes clés alors qu’elles sont dans ta main. Celui qui fait que tu lis le même mail trois fois sans vraiment le comprendre. Celui qui t’épuise alors que tu n’as encore rien fait.

Et soudain, dans tout ce bruit interne, j’ai eu un moment de lucidité un peu absurde. Je tenais ma tasse de café à deux mains comme si c’était un objet sacré, et je me suis demandé :

Mais à quel moment c’est devenu normal de ne jamais avoir l’esprit clair

Je ne parle pas de devenir un maître zen. Juste de savoir ce que je ressens. Ce que je veux. Là, maintenant. J’étais capable de te dire qui avait liké ma dernière publication, mais incapable de dire si j’avais vraiment envie de ce que j’étais en train de faire de ma vie.

Alors j’ai posé la tasse. J’ai mis le téléphone face contre table, un geste presque solennel. Et j’ai décidé un truc très modeste. Pas de révolution. Juste un pacte discret avec moi même.

Je vais essayer de retrouver un peu de clarté. Dix minutes par jour. Sans pression. Sans plan de bataille. Sans tableau Excel de productivité. Juste dix minutes pour cesser de courir après tout et tout le monde, et voir ce qui se passe là dedans quand je ne remplis pas le silence.

Comment dix minutes ont fissuré le brouillard

Je te préviens tout de suite. Il n’y a pas eu de lumière divine le premier jour. Je ne me suis pas soudainement transformé en version améliorée de moi même, avec un esprit cristallin qui comprend tout. La réalité était beaucoup moins glorieuse.

Mon premier essai, c’était ridicule. Je me suis assis sur une chaise, sans musique, sans écran. J’ai lancé un minuteur de dix minutes. Les fameuses dix minutes censées changer ma vie. Au bout de trente secondes, j’avais déjà envie de regarder l’heure. Au bout d’une minute et demie, j’étais en train de refaire la conversation de la veille avec quelqu’un. Avec plus de répartie, évidemment. À trois minutes, j’étais passé à ce que j’allais manger le soir.

Bref, le chaos habituel. Simplement, cette fois, je le voyais.

Je pensais naïvement que prendre dix minutes pour moi, ça serait forcément calme, serein, fond musical doux. Non. C’était moi face à la radio interne qui ne s’arrête jamais. Mais cette radio, je l’entendais vraiment pour la première fois, au lieu de la laisser tourner en bruit de fond.

Les jours suivants, j’ai testé plusieurs manières d’occuper ces dix minutes. Je précise un truc important. Mon but, ce n’était pas de devenir productif ou performant. Je ne cherchais pas à optimiser ma vie comme un tableau de bord. Je voulais juste retrouver un peu de clarté dans ce bazar mental.

Un jour, je prenais un carnet. J’écrivais ce qui me traversait la tête, sans filtre. Pas du journaling parfait et inspirant. Plutôt du style

Je suis fatigué. Pourquoi je me sens coupable de ne pas avoir déjà répondu à ce mail. Pourquoi je n’arrive pas à me réjouir pour cette bonne nouvelle. J’ai envie de prendre l’air. Je n’y comprends plus rien à ce que je fais.

Un autre jour, je restais juste assis, à regarder par la fenêtre. Dix minutes à voir le ciel changer légèrement de couleur. Les gens passer dans la rue. Les feuilles bouger. Cliché complet, je sais. Mais c’était ça ou replonger directement dans le vortex des notifications.

Parfois je fermais simplement les yeux et je me demandais

Qu’est ce qui me pèse là tout de suite

La question paraît simple. Mais quand tu arrêtes d’y répondre avec des phrases automatiques, ça devient plus intéressant.

Ce truc là m’a surpris. Je me disais que c’était tel projet qui me fatiguait. Ou tel problème matériel. Mais en m’écoutant un peu, je me suis aperçu que non. Ce qui me pesait souvent, c’était plutôt des choses minuscules mais répétées. Une manière de toujours dire oui alors que j’avais envie de dire non. Une habitude de me dénigrer pour des broutilles. Une façon de m’imposer un rythme qui ne me ressemblait pas.

C’est ça que ces dix minutes ont commencé à faire. Pas de miracle. Juste une sorte de mise au point de la lentille. Comme si je passais de photo floue à photo moins floue. Pas encore nette. Mais moins brouillée.

Évidemment, j’ai eu des périodes où j’ai laissé tomber. Des jours où je me disais

Bon, aujourd’hui j’ai pas le temps. J’ai trop de choses à faire.

C’est ironique, quand on y pense. Je n’avais pas dix minutes, mais j’avais des heures à perdre en distraction. Sauf qu’il est toujours plus facile de fuir vers le chaos familier que de se poser dans un calme qui te renvoie à toi même.

Je culpabilisais un peu au début quand je loupais un jour. Puis j’ai décidé d’arrêter. La pression, c’est ce qui tue tout. À chaque fois que j’essayais de transformer ces dix minutes en rituel sacré à respecter absolument, je finissais par abandonner.

Alors j’ai fait la paix avec l’idée suivante. Ces dix minutes ne sont pas un challenge à réussir. C’est une proposition. Un rendez vous. Si je le manque, tant pis. Je reviens le lendemain. Ou après demain. Sans discours intérieur du style

Tu n’es même pas capable de tenir un truc simple.

Le plus étrange dans cette histoire, c’est que la clarté mentale n’est pas arrivée pendant les dix minutes. Du moins pas comme je l’imaginais. Souvent, pendant ces moments, c’était encore confus. Ce n’est qu’après, en reprenant le cours de la journée, que je sentais une différence. Comme si j’avais remis un peu d’ordre dans mes tiroirs internes.

Je commençais à mieux repérer ce qui m’épuisait réellement. À voir quand je disais oui contre moi même. À sentir quand j’étais en train de me disperser pour éviter une émotion précise.

Un soir, après quelques semaines de ce rituel bancal, je me suis surpris à faire un truc que je faisais rarement

Je me suis arrêté au milieu d’une tâche et je me suis demandé

Est ce que ça, là, maintenant, mérite vraiment mon attention

Réponse non.

Et j’ai posé le truc. Sans drame. Sans sensation de faute. C’est comme si ces petits instants de clarté quotidienne m’avaient donné le droit de choisir à quoi j’offrais mon cerveau.

J’ai aussi compris un autre truc qui m’a un peu désarmé. Ma tête n’était pas censée être claire tout le temps. L’idée même de clarté mentale permanente est une illusion épuisante. Ce qui changeait, ce n’était pas l’absence de brouillard. C’était ma capacité à le remarquer, à ne pas m’identifier complètement à lui, et parfois à attendre qu’il passe au lieu de le combattre comme un forcené.

Dix minutes par jour, sans pression. Ce n’était pas un programme. C’était une façon de dire à mon cerveau

Je te vois. Je t’entends. On va essayer de faire connaissance, toi et moi.

Je ne sais pas à quoi ressemble ton brouillard. Peut être qu’il prend la forme d’une agitation permanente. Peut être que c’est un sentiment de fatigue vague que tu n’arrives pas à nommer. Peut être que c’est juste ce petit bruit de fond de pensées qui ne s’arrêtent jamais.

Je n’ai pas de méthode miracle à te proposer. Juste cette petite expérience très imparfaite qui continue chez moi. Dix minutes où je cesse de vouloir être quelqu’un, de prouver quelque chose, de cocher des cases. Dix minutes pour regarder ce qui se passe dedans, même si c’est confus, moche, répétitif, absurde parfois.

Peut être que tu peux t’offrir ça toi aussi. Pas comme un exercice de plus. Pas comme une nouvelle injonction à être une meilleure version de toi même. Juste comme un espace, un coin de journée où tu ne dois rien à personne, pas même à ton image.

Je me demande à quoi ressembleraient nos vies si on acceptait que la clarté n’est pas un état permanent, mais un rendez vous qu’on entretient. Modeste, discret, souvent chaotique. Mais réel.

Si tu décidais de prendre dix minutes aujourd’hui, là, pas pour faire plus, mais pour faire un peu moins, tu ferais quoi de ce temps

Je n’attends pas une réponse. C’est juste une question à glisser quelque part dans ta journée. Et à laisser infuser, tranquillement, sans pression.

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